L’agroforesterie permet des rendements agricoles plus stables et plus riches. En effet, les sols ont été durement malmenés par l’agriculture intensive, les produits de synthèse et la déforestation industrielle.

Le concept est très simple : les arbres fertilitaires ont des interactions positives avec les terrains agricoles et diffusent des éléments essentiels qui ont été endommagés et qui se sont perdus.

Quelques exemples:

  1. Togo : depuis 1992 plus de 5’000’000 d’arbres plantés (30’000 paysans bénéficiaires)
  2. Côte d’Ivoire : depuis 2016 plus de 78’000 d’arbres plantés (1’180 paysans bénéficiaires)
  • Cameroun : depuis 2016 plus de 12’000 d’arbres plantés (570 paysans bénéficiaires)

Impact :

Aujourd’hui, pour les paysans, l’utilisation de nos techniques permet :

  • de fertiliser naturellement et durablement leur sol sans utiliser d’intrants externes coûteux et dangereux
  • d’augmenter les rendements et la productivité et de diversifier leurs productions,
  • de garantir la sécurité alimentaire,
  • de réguler les cycles de l’eau et d’en améliorer ses ressources,
  • de produire du bois d’œuvre et de service sur leurs champs,
  • de produire du fourrage avec les feuillages en saison sèche,
  • d’avoir une solution technique économique pour les productions biologiques,
  • de réduire le travail des femmes : elles récoltent du bois dans leurs champs agroforestiers au lieu de faire des dizaines de kilomètres pour trouver leurs fagots,
  • de participer à la lutte contre les changements climatiques et l’émigration économique.

La population de l’Afrique de l’ouest passera de 350 millions aujourd’hui à 800 millions en 2050.

Dans de nombreux territoires de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, la forte croissance de la population a entraîné, une dégradation des sols cultivés du fait de l’abandon de la pratique de la jachère et des dégradations de plus en plus importantes sur les ressources naturelles.

Les solutions techniques mises en œuvre pour compenser les baisses de fertilité des sols comme le recours aux engrais chimiques, l’extension des espaces cultivés sur les terres destinées à la jachère longue, aux pâturages et la foresterie, n’ont fait qu’accélérer la destruction des ressources naturelles.

Lancée depuis le début des années 90, la vulgarisation du compostage pour inverser la baisse de fertilité des sols peine à produire des résultats car il s’agit d’une technique très exigeante en eau, paille, transport et travail.

Les espaces boisés sont sous la pression d’une forte pression démographique et du maintien de modes de production agricole consommateurs d’espace. La forêt recule devant l’avancée des cultures.

Une équation difficile à résoudre : forte croissance des populations, dégradation des 2/3 des sols cultivables, faible niveau d’instruction.

Les arbres fertilitaires : réactualisation d’une technique ancestrale 

Face à ces défis, L’APAF a développé dès le début des années 90 des projets visant à vulgariser des techniques agroforestières en milieu paysan, notamment avec le soutien de la coopération belge puis de l’Union européenne.

L’APAF a commencé par un travail d’observations et de recherches participatives pour identifier une trentaine d’arbres « fertilitaires » que l’on peut qualifier d’engrais vert.

Les agronomes Dupriez et Leener ont fait une définition d’un arbre fertilitaire en 1993

« Un arbre fertilitaire est un arbre dont l’activité enrichit la couche arable d’une terre, en améliore la texture et en favorise la structuration. Pour exercer efficacement sa fonction dans les champs, il doit être convivial, c’est-à-dire qu’il ne peut entrer en concurrence forte avec les autres espèces cultivées pour leurs productions domestiques ou marchande »

L’arbre fertilitaire doit être issu d’un semis de façon à former une racine pivotante seule capable de remonter des couches profondes du sol (de 10 à 30 m de profondeur) les minéraux (N, P, K et autres) et l’eau nécessaires à l’enrichissement de la couche arable.

Par ailleurs des bactéries fixatrices d’azote (rhizobium) et des champignons (mycorhizes) qui sont des rabatteurs de phosphore, potasse et autres minéraux vivent en symbiose avec l’arbre fertilitaire.

   Albizia stipulata 4 ans+bananiers Burkina

Albizia lebbeck  2 ans+sorgho

Du point de vue des techniques agroforestières et forestières, il s’agit essentiellement d’introduire des arbres fertilitaires ou forestiers dans les champs des paysans et autres lieux de boisements, en appliquant les techniques de régénération naturelle assistée jointes là où c’est nécessaire, à des systèmes de complantation.

En ce qui concerne la méthodologie d’intervention dans les villages, il s’agit de mettre en pratique une démarche participative et volontaire incluant la formation des paysans aux différentes techniques agroforestières et forestières, que ce soit dans leurs champs individuels ou collectifs, dans leurs espaces de boisements ainsi que dans les pépinières villageoises.

Les techniques agroforestières principalement utilisées consistent à introduire des arbres fertilitaires qui sont des engrais verts, dans les champs des paysans(es), par plantation ou régénération naturelle assistée. Les cultures se font en dessous et autour de ces arbres. APAF prend soin d’inoculer ses arbres en pépinières avec des bactéries et mycorhizes souches.

L’apprentissage se fait sur le terrain, ce qui est le mieux adapté à la sociologie locale.

Les paysans(es) sont formés à la conduite des pépinières, à la plantation des arbres et à leur entretien (élagages et abattages sélectifs).

Ils sont aussi formés à la mise en place de haies vives et mesures de protection des arbres. Un petit équipement en machettes, râteaux, pioches, arrosoirs, est alloué.

 Samanéa saman 4 ans taillés en tétard, Burkina. Pépinière APAF Sénégal

Des techniques diffusées à grande échelle

Au Togo, l’APAF et les paysans ont mis en place :

  • 29’850 champs agroforestiers (d’1,5 ha en moyenne)
  • 2’900 forêts dans 530 villages et hameaux de la région des Plateaux-Ouest et de la région Maritime, dans le cadre du programme PAFVI (Programme d’appui aux initiatives d’agroforesterie et de foresterie villageoise), financé par l’Union européenne entre 2001 et 2004, pour un montant de 1.980.000 €.

La majorité (70 %) des champs agroforestiers mis en place dans ce cadre sont des parcelles de café-cacao associés à des cultures vivrières.

Les autres champs agroforestiers sont des cultures maraichères ou vivrières comme le maïs, l’igname, le manioc, la banane.

Au total, ce sont plus de 5 millions d’arbres sortis des pépinières qui ont été complantés au Togo, dans les champs de 30.000 familles sur plus de 45.000 ha.

Si l’on tient compte de la régénération naturelle assistée, c’est plus encore. Le PAFVI s’est terminé en 2004 mais les 30.000 familles paysannes togolaises qui ont bénéficié des projets et programmes APAF ont maintenu et agrandi leurs champs complantés d’arbres fertilitaires et de nouveaux paysans ont répliqué et adopté spontanément les techniques dans la zone des projets APAF.

En 2010, une étude  a constaté que 99 % des champs de la zone de production de café-cacao du Togo étaient complantés d’arbres fertilitaires vulgarisés par l’APAF : les paysans de cette filière ont donc massivement adopté ces techniques. La preuve que ces techniques répondent à leurs besoins.

 

Des effets positifs pour l’environnement et les revenus des ménages :

Deux expertises ont été réalisées sur le PAFVI (Programme d’appui aux initiatives d’agroforesterie et de foresterie villageoise) :

1ère expertise en 2007 : Un modèle agroforestier « multi-étage » a recueilli l’adhésion de tous les paysans concernés.

Dans ce modèle, le champ présente plusieurs strates : par exemple au sol des ignames et du manioc, au niveau intermédiaire des bananiers et cacaoyers, et en strate supérieure des grands arbres fertilitaires. Ce sont bien, au-delà de l’arbre, toutes les composantes du système agroforestier qui en font sa richesse.

L’étude souligne des impacts environnementaux positifs : diversité biologique, amélioration des nappes phréatiques et des sources car l’enrichissement des sols en matière organique permet de diminuer le ruissellement et ainsi de mieux stocker l’eau…

Elle met aussi en avant de nombreux avantages économiques et sociaux : réduction des dépenses en intrants, maintien ou augmentation des rendements, production de bois domestique et de produits de cueillette, diminution de la précarité par la création de ressources ligneuses exploitables, réduction de la pénibilité des tâches féminines car le bois de chauffe et l’eau potable sont plus accessibles.

2ème expertise en 2010 : constation des résultats positifs, avec un accroissement des rendements observés dus à l’association arbre – culture de 32 % pour le maïs, 5 % pour le cacao et 74 % pour le café.

L’expertise note une amélioration de la qualité des sols et une adoption forte de la technique par les bénéficiaires du programme. Ces techniques ont même été adoptées par des populations non visées par le programme.

La raison qui a motivé les producteurs à adopter ces techniques est d’abord économique, avec des bénéfices accrus avec la baisse, voire la disparition, d’achats d’intrants et la production de bois de chauffe et d’œuvre.

Les considérations environnementales viennent ensuite lorsque les paysans découvrent les bénéfices écologiques de ces techniques : réassort des nappes et sources, fertilité durable, biodiversité (avec un retour de faune pour la chasse)…

Face au succès de l’APAF au Togo, des structures du même nom sont nées dans les années 2000 au Burkina Faso, au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Cameroun.

Café+bananiers sous arbres fertilitaires Togo

saman+leuceana+bananiers+manioc Burkina

Quelques contraintes :

La diffusion de ces techniques doit se concrétiser à grande échelle dans les pays précités. Plusieurs facteurs peuvent permettre de comprendre le manque de volonté politique et l’incrédulité de certains agronomes du Nord et du Sud, d’ONG et d’acteurs de la coopération, pour diffuser ces techniques.

Cette attitude est certainement à mettre en lien avec un obstacle culturel important : l’agriculture dite « moderne » s’est longtemps voulue et appliquée sans arbres.

La divagation des animaux et l’insécurité foncière sont des paramètres dont nous tenons compte dans les pays sahéliens. L’APAF a élaboré des solutions pour y pallier et les applique avec succès.

                    Haies vives d’acacias mellifera et

d’euphorbias balsamifera de 18 mois, Sénégal.

-Grâce à l’inoculation la haie vive pousse vite et protège rapidement le champ contre la divagation des animaux et sécurise le foncier-

Développer la recherche et les partenariats

Il est essentiel de développer la recherche-actions afin d’élaborer des systèmes à la fois peu coûteux et efficaces. Nous devons élaborer des protocoles adaptés aux différentes filières.

Devant l’augmentation de la charge en unités de bétail tropicales,  il est essentiel de créer des nouvelles strates fourragères. Les banques fourragères créées avec les arbres renforceront les rations des animaux en saison sèche, qui apporteront eux-mêmes plus de fumures aux champs.

Il est fondamental d’avoir une vision holistique de notre entreprise, en dépassant l’analyse en  termes de rendements de la culture associée. Les hausses de rendements ne sont pas à être seules prises en compte. Les bénéfices sont économiques, sociaux, et environnementaux.

Notre système agroforestier apporte des hausses de revenus des ménages liées à la fertilité, à la production de bois domestique et d’œuvre, au fourrage ligneux, aux produits de la cueillette, aux économies d’achats d’intrants chimiques, à la diversification des productions.

Une activité reconnue des praticiens

D’après les chercheurs de l’INRA « la création d’une parcelle agroforestière conduit à stocker annuellement entre 0.5 et 4 tonnes de Carbone par hectare pour des densités de 50 à100 arbres fertilitaires/ha.

Il sécurise les paysans(es) qui sont moins tentés de migrer et qui scolarisent plus facilement leurs enfants. Il régule les cycles de l’eau. Il apporte aussi des mesures d’adaptations au changement climatique local, tout en enrayant le changement global en fixant du carbone dans les arbres et les sols.

Là où la forêt n’existe déjà plus, cela permet d’effectuer des reboisements nécessaires à l’économie locale ou nationale. Dans le Sud, l’agroforesterie est un vecteur d’une intensification nécessaire des pratiques rurales. Porteuse d’espoirs considérables à la hauteur des enjeux sociaux qui la sous-tendent, l’agroforesterie est ici une solution souvent indispensable si l’on veut conserver un tant soit peu d’espaces boisés et de biodiversité.

Burkina culture de mil et aubergine verte sous Samanea saman et leuceana leucocephala.

 

 

Burkina bananeraie sous albizia stipulata de 4 ans Goumogho Burkina Faso.

 

Samanéa saman 2ans+pastèques ans+bananiers+maraîchage Burkina albizia stipulata 3

Pour finir cette présentation, nous citons le Dr René Billaz et Mathieu Savadogo, deux agronomes  qui collaborent avec l’APAF.

  • Extrait du compte rendu de visite du Dr René Billaz aux champs agroforestiers de Goumogho au Burkina-Faso en septembre 2012

« Conclusions :

Il s’agit donc d’une réalisation spectaculaire qui témoigne de l’efficacité de cette approche de l’agroforesterie dans le contexte correspondant.

Les commentaires des producteurs sont en outre très favorables, en raison des meilleurs rendements des cultures, d’une meilleure résistance aux épisodes de sécheresse et  des ressources complémentaires fournies par l’émondage et la taille des arbres: ressources fourragères et bois de chauffe.

Soulignons trois caractéristiques importantes de ce site :

  • la pluviométrie annuelle moyenne est de l’ordre de 700 à 900 mm,
  • le sol est probablement de type alluvial/colluvial : le champ se situe à proximité d’un bas-fond,
  • le terrain, à vocation maraîchère, est enclos.

Ce modèle présente un intérêt considérable dans les champs maraîchers de proximité de bas-fonds, même en zone plus septentrionale. »

  • Mathieu Savadogo, agro-écologiste, directeur d’ARFA, BF:

« Agroforesterie: il existe un potentiel élevé avec les arbres fertilitaires (Albizia sp, Glyricidia sp..) dont l’APAF a une grande expérience; mais, en l’absence de clôtures, la vaine pâture généralisée risque de compromettre le développement des jeunes plants, si des dispositions suffisantes ne sont pas prises pour leur protection. »

Depuis cette citation,  nos  techniques d’implantation de haies vives défensives et de répulsifs sont au point et ont fait leurs preuves.

Les photos et les citations de René Billaz et Mathieu Savadogopersonnes de renoms qui travaillent sur les thèmes de l’agro-écologie et l’agriculture familiale, prouvent l’opportunité de la démarche agroforestière avec des arbres fertilitaires (AF).

Efficacité des techniques d’agroforesterie

Des champs utilisant ces techniques diffusées par APAF existent déjà bel et bien présentement et même depuis plus de 6 années au Burkina Faso et depuis 3  années au Sénégal.

La diffusion de nos techniques « arbres fertilitaires » et la recherche-action, même avec la volonté et l’intelligence des paysans et des techniciens, est confrontée au manque de moyens, et accuse donc une certaine lenteur malgré notre volonté de nous battre pour relever les défis du siècle.

Nous citons encore l’ancien directeur de recherche du CIRAD, René Billaz, (extrait de son document « Faire du Sahel un pays de Cocagne ».

Quatre objectifs pour la gestion agro-écologique :

  1. Optimiser l’eau : la lutte contre le ruissellement (diguettes, travail du sol en traction asine..), son stockage et son usage (micro-irrigation.
  2. Les nutriments N et P : rhizobiums et trichodermes.
  3. La matière organique des sols : l’agroforesterie et les arbres fertilitaires.
  4. Les résistances naturelles contre les maladies et ravageurs

Avec bien sûr des transversalités et complémentarités entre ces quatre objectifs.

Un réseau APAF existe. Ce ne sont pas des opportunistes alléchés par la finance carbone. Notre historique le prouve. Il est constitué d’acteurs conscients des enjeux, qui travaillent depuis de longues années sur les thèmes de l’agroforesterie et la foresterie en Afrique. Il est prêt à l’action.

Eu égard aux bons résultats au Togo, au Burkina, au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Cameroun, nous sollicitons votre soutien pour proposer aux paysannes et paysans africains une solution pratique, efficace, durable et duplicable, pour résoudre à la fois des problèmes nutritionnels, environnementaux et économiques.

Arachide et Sorgho sous Albizia  sp 5 ans

 Nodosités sur les racines d’Albizia sp. prélevées à quelques cm de profondeur.

Pour plus d’informations vous pouvez consulter le site d’APAF Internationale http://ong-apaf.org